Bonjour a tous, je m’appelle Eden Grandclaude et je suis la petite-fille de Martine.
Quand je pense à Mamie, une des premières images qui me vient en tête, ce sont les vacances chez elle. C’était devenu un vrai rituel avec mon frère, de nos 9 ans jusqu’à nos 14 ans, et chaque année on comptait les jours avant de partir, parce qu’on savait qu’avec elle, on s’amusait du matin au soir et on ne s’ennuyait jamais. Chez elle, je me sentais comme dans un cocon, en sécurité, entourée d’amour, comme si rien de mauvais ne pouvait m’arriver.
Et si j’attendais ces vacances avec autant d’impatience, c’est aussi parce que Mamie pensait à tout, absolument tout. Elle aimait être organiser, anticiper, tout préparer dans les moindres détails, et ça non pas pour elle, mais pour nous faire plaisir. Même si elle vivait seule, elle n’avait jamais peur de nous accueillir, de faire venir nos cousines et de gérer cette petite troupe bruyante pendant toutes les vacances. Quand j’y repense, elle était entourée de cinq petits-enfants surexcités qui couraient partout, et pourtant elle gardait le sourire, la patience et la douceur. Mamie préparait la chambre avec cinq matelas par terre, elle organisait les journées pour qu’aucune ne se ressemble. Sa priorité, c’était qu’on s’amuse et qu’on reparte avec des étoiles dans les yeux et des souvenirs pleins la tête. Elle nous emmenait faire des activités au Décathlon, au parc d’attractions à Nigloland, et organisait les fameuses “journées du goût », qui resteront gravées à jamais dans ma mémoire. Ce jeu, où on avait les yeux bandés et où elle nous faisait goûter des aliments à reconnaître, est devenu pour moi bien plus qu’un simple divertissement.
Avec elle, j’ai appris d’une manière plus profonde, à vraiment utiliser mes papilles, à prendre le temps de ressentir les différentes saveurs, les textures, les nuances entre le sucré, le salé, l’amer et l’acide. Ca parassait simple en apparence, mais en réalité c’était beaucoup plus difficile : certains aliments etaient tellement familiers comme le ketchup et pourtant j’etais incapable de les reconnaitre, comme si, sans elle, je ne savais pas vraiment goûter les choses. Même si elle m’apprenait tout ça, le jeu restait léger et drôle. C’était aussi sa façon à elle de nous faire rire et de nous faire manger des aliments qu’on détestait. Je me souviens d’une fois où elle m’a fait goûter des artichauts, que je déteste et je suis directement aller le recracher, et elle était pliée de rire. Quand je repense à cette scène aujourd’hui, ça me fait sourire parce que c’est exactement elle que je revois: malicieuse, joueuse, mais toujours pleine d’amour.
Mamie faisait toujours le maximum pour nous faire plaisir, pour nous réunir avec nos cousines et pour créer des souvenirs qui nous suivraient toute notre vie. Elle aimait voir la famille rassemblée autour d’elle, et moi je me sentais à ma place.
Et ce n’était pas seulement avec nous qu’elle était comme ça : avec grand-pépere aussi, elle avait la même attention et le même devouement.Quand nous étions à Troyes, elle tenait absolument à nous emmener le voir quotidiennement, et ces moments-là avaient une grande importance pour elle. Elle nous encourageait à lui parler, à lui poser des questions, notamment sur la periode où il avait été capturé par les Allemands. Pépere, lui, aimait enjoliver ses récits en nous disant qu’il se battait avec une epée, et Mamie, derrière , souriait en silence, amusée par ses histoires. On jouait au domino tous ensemble, on riait, on écoutait Mamie raconter ses histoires de jeunesse avec Pépere, et à travers ces moments simples, elle nous transmettait quelque chose de précieux. Pour elle, c’était une manière de nous apprendre le respect des aînés, la force de la famille et la valeur des liens qu’on entretient.
On voyait à quel point elle était attentionnée. Malgré ses journées bien remplies, Mamie trouvait toujours du temps pour lui rendre visite, s’occuper de lui, lui apporter son fameux fromage President qu’il aimait tant. Elle faisait tout cela sans jamais se plaindre, sans jamais montrer de fatigue. En la regardant faire, je comprenais, même sans mots, ce que c’est qu’aimer quelqu’un et être là pour lui.
D’ailleurs c’est ce que j’ai essayé de faire avec elle, en l’accompagnant jusqu’à son dernier souffle. Ce moment a été l’un des plus douloureux de ma vie, mais aussi l’un des plus importants, parce que j’avais l’impression, pour une fois, de pouvoir lui rendre un tout petit peu de tout ce qu’elle m’avait donné.
J’espère qu’à travers ce geste, elle a vu ce qu’elle m’a transmis, et qu’elle a senti tout l’amour que j’ai pour elle, et j’espère de tout mon cœur qu’elle a été fière de moi.
Pour moi, elle restera toujours l’exemple parfait d’une grand-mère aimante, présente et courageuse, et elle restera dans notre cœur a travers tous ces souvenirs.
Merci Mamie
