Bonjour à tous. Avant toute chose, je voudrais vous remercier d’être venus aujourd’hui pour honorer Martine ainsi que de votre soutien durant ces moments difficiles.
Pour ceux qui ne me connaissent pas je m’appelle Yohanes Grandclaude et je suis l’unique petit-fils de Martine, plus communément appelée Mamie.
Mamie etait une femme remarquable qui adorait ses enfants ainsi que ses petits-enfants et qui vivait sa vie pleinement.
J’ai tant appris auprès d’elle. Je me souviendrais toujours de notre voyage au Maroc, dans la chaleur étouffante de notre chambre quand elle m’avait appris à jouer au solitaire. Elle n’hesitait pas a passer de longues matinées avec moi allongée sur le lit avec nos yeux rivés sur nos tablettes, à m’expliquer les règles. Mamie restait encourageante même quand je me trompais, s’assurant que je ne reproduirais plus ces mêmes erreurs. Une fois les règles comprises, l’ambiance a vite changé en quelque chose de plus hostile, nous étions maintenant en compétition. Qui finirait le jeu avec le moins de tours? Ou le meilleur temps? Contre Mamie, tout était permis, je n’hesitais pas à ruiner son jeu en lui ôtant même la tablette des mains. Sa riposte ne se faisait pas attendre, elle ralait puis m’aspergeait de son brumisateur en éclatant de rire. Mamie c’était ça, une personne qui aimait partager, s’amuser et rigoler mais qui perdait toujours contre son petit-fils!
J’ai toujours cru qu’on pouvait juger le cœur d’une personne par son traitement des animaux, Et Mamie en est la plus parfaite des représentations. En 2018, nous avons ajouté un nouveau membre au sein de notre famille: Otto, un berger belge malinois. Malgré son apparence agressive et peu accueillante, Mamie a néanmoins tenu à le rencontrer. De là, une amitié improbable est née. Elle réclamait même que Otto soit présent lors de nos passages à Troyes. Pour lui, c’était devenu sa seconde maison. Il suffisait de dire “On va à Troyes pour voir Mamie” pour voir ses grandes oreilles se dresser et, en l’espace d’un instant l’apercevoir courir frénétiquement dans la maison. Je me souviens du réveillon de Noël 2024 quand Mamie insistait pour que Otto soit présent car elle comptait lui faire un repas qu’elle a qualifié de “festin”, un grand bol de riz avec du poulet. Il avait tellement mangé que son ventre avait triplé en volume, on aurait dit un serpent venant d’avaler sa proie.
Je me souviendrais toujours des derniers instants que j’avais passés auprès d’elle, de ses yeux qui s’écarquillaient quand j’évoquais Otto ou de ses lèvres qui formèrent un léger sourire. En montrant une photo de lui, elle s’était exclamée et me dit “Je la veux, envoie-la moi”. Son amour pour Otto, ce chien dont l’apparence en effrayait tant d’autres, disait tout de Mamie. C’était sa manière à elle d’être généreuse sans rien attendre en retour et accueillante sans poser de conditions. À travers lui, elle m’a appris que la beauté se cache partout, et qu’il suffit de garder un regard ouvert et bienveillant pour découvrir le bon.
Sa force de caractère, elle l’a gardée jusqu’au bout, même dans les moments les plus éprouvants. Après quelques jours passés dans le service de réanimation, Mamie a été transférée en unité de soins continus. Je suis venu lui rendre visite ce jour du 28 Novembre autour de 16h. On avait ces discussions basiques, je lui rappelais quel jour on était, ce que j’avais fait de ma journée et là elle me sort avec le plus grand des sérieux “Je veux faire du pédalo, aide moi”. Je la regarde, confus. Il y a eu un leger blanc où je me disais “ca y est les médicaments lui ont fait perdre la tête!” Mais non, son regard restait impassible, elle était sérieuse. Elle m’a alors guidé et nous avons pédalé pendant 10 bonnes minutes. Je la voyais grimacer de douleur a chaque mouvement, me disant d’aller plus doucement, moins fort mais jamais au grand jamais ne s’est-elle arrêtée. Je voyais dans son regard sa rage de vaincre et de vivre. C’est à ce moment-là que j’ai compris ce que mon père voulait dire: Mamie était une battante, une personne qui dans l’adversité ne recule jamais.
Mais au-delà de cette force incroyable, Mamie m’a laissé une leçon, et peut-être la plus importante. C’était le 17 Novembre la veille de son intervention, juste avant qu’elle ne quitte la maison pour l’hôpital. J’étais dans ma chambre quand j’ai reçu un message de Mamie “Mon grand garçon, je vais bientôt partir. J’aimerais te faire un petit bisou avant mon départ.” Aussitôt le message lu, je suis allé la rejoindre. Nous nous sommes enlacés pour ce qui ne devait être qu’un court instant, vous savez, ces câlins qu’on fait parce qu’on est certain de revoir la personne dans le même état. On ne se doute pas, à ce moment-là, que ce geste en apparence si simple va devenir un souvenir éternel. Ce jour-là, elle m’a appris que la vie ne prévient pas quand on vit un moment pour la dernière fois, et que chaque instant passé auprès de ses proches est ce qu’il y a de plus précieux au monde. Il ne faut rien garder pour plus tard et tout vivre pleinement, car à la fin, ces moments-là sont les seuls qui restent vraiment.
Mais je ne vous le cache pas, j’ai eu énormément de mal à accepter son départ. Je trouvais ça injuste: une personne en bonne santé partir si tôt, surtout pendant la période de Noël. Toutefois, je pense qu’il y a de la lumière même dans les épreuves les plus sombres.
C’est pour cela que je me suis accroché à un passage de One Piece, alors pour les plus anciens d’entre vous qui n’ont aucune idée de ce dont je parle il s’agit d’un célèbre manga japonais. Dans cet extrait, un médecin condamné s’adresse à ses proches et leur dit “Quand croyez-vous qu’un homme meurt ?
Lorsqu’il se prend une balle en pleincœur ? Non !
Lorsqu’il contracte une maladie incurable? Non !
Lorsqu’il avale une soupe de champignons vénéneux ? Non !
Il meurt dès qu’on ne se souvient plus de lui !” En repensant à ces mots, je me dis que même si c’est une épreuve difficile pour tout le monde aujourd’hui, Mamie s’est assurée une place éternelle parmi nous lors de nos repas de fêtes. Je me contente de penser que si un seul souvenir peut sembler fragile, le fait que nous pensions tous à elle, ensemble et au même moment créera une présence invisible que tout le monde ressentira. Et c’est pourquoi elle continuera de vivre à travers nos récits et de cet amour inébranlable que nous avons pour elle.
Alors Mamie maintenant je m’adresse à toi, je voulais te dire merci.
Merci pour tous les moments que j’ai pu passer avec toi.
Merci pour tes bisous dans les oreilles qui me faisaient tortiller dans tous les sens.
Merci pour tous ces moments passés à débattre sur tout et rien, on n’était jamais d’accord mais c’est ça qui était bien. Aujourd’hui, je me demande bien avec qui je vais pouvoir être en désaccord car personne ne pourra te remplacer.
Merci, pour tes interruptions sans cesse quand on regardait un film. Sur le moment, ça nous faisait râler mais maintenant ce silence est bien plus bruyant que toutes tes remarques. C’est un silence assourdissant qui sert de rappel douloureux que tu n’es plus là.
Et enfin, merci pour ta générosité et ta bienveillance. Tes dépôts mensuels sur mon compte bancaire, c’était ta façon a toi de me dépanner et de toujours veiller sur moi.
Repose en paix, Mamie. Je ne t’oublierai jamais. Je t’aime
